Avis 03/04/2019

‌Bonsoir Monsieur,

Ma sœur et moi-même souhaitions vous manifester notre profonde gratitude et nos intenses remerciements pour l’accompagnement que votre équipe et vous-même avaient prodigué à notre père, André au cours de son séjour en votre établissement.

Nous n’avons vu autour de lui dans votre « maison » que douceur, prévenance, déférence discrète et un humanisme si profond et vrai que malgré la souffrance de le voir se débattre avec sa dégénérescence lente, nous nous prenions malgré tout et au-delà de la peine intense à sourire et à espérer quelque chose de Beau, de grand, de juste pour lui.

Et cette espérance Monsieur a pris la forme imprévisible de regards affectueux sur lui de la part des femmes qui l’ont aidé, nourri, apaisé et entouré, de gestes de véritable tendresse, d’amour d’une certaine façon, lui qui n’exprimait ce sentiment que très discrètement, nous l’avons aperçu dans ces moments-là si ouvert et en confiance que oui il recevait de l’amour, nous en sommes persuadés.

Il n’avait pas perdu sa petite espièglerie, sa malice masculine au contact des aides et auxiliaires, et devant la protection qu’il recevait de chacune, il nous est apparu jamais seul, jamais trop angoissé ni triste.
C’est tout le personnel dans son ensemble qui a créer ses conditions humaines qui ont permis de le maintenir avec toutes ses qualités, toute sa gentillesse, toute sa sociabilité. Nous avons toujours reconnu notre père tel qu’il fut toujours, les attentions portées sur lui si fragile par la maladie l’ont préservé de l’aigreur, de l’abandon intérieur et au final malgré évidemment les pics brusques de son mal, l’ont même grandi et entouré de bonté.

Nous tenions plus particulièrement à remercier avec toute notre affection, Yvonnick et Laura de l’Unité Protégée, pour qui nous ressentons un sentiment d’affection  comme avec des amies, des sœurs, des proches. Nous vous demandons de les remercier du fond de notre cœur, Monsieur, car jamais nous aurions pu espérer que notre père soit mieux aimé et compris que grâce au dévouement de ces femmes.

Nous avons compris beaucoup de choses qui ne peuvent s’exprimer, l’indicible ayant toujours le dernier mot devant la fin, et surtout que Yvonnick et Laura et les autres auxiliaires aussi étaient au-delà de leurs rôles, mal évalués par notre société à leur grandeur réelle, des personnes qui gardaient la part humaine de notre père , sa dignité , jusqu’au bout coûte que coûte.

Je crois vraiment sans exagérer que leur travail est tel un sacerdoce, une profonde offrande d’humanité à l’Autre, à travers leurs tâches si difficiles, devant les corps qui lâchent prise et se délitent et devant l’esprit qui se perturbe en soubresauts, elles demeurent comme des « gardiennes » Monsieur de la part qui en nous rattache indéfectiblement à ce qui fonde l’Humanité toute entière, l’amour et le partage.

Je crois aussi que votre esprit, votre approche exigeante dans le relationnel que vous cultivez et faites passer comme une norme première, a beaucoup contribué au résultat que nous avons vu chaque semaine dans les attitudes respectueuses, les gestes doux, les mots toujours de compréhension que tout le personnel de votre établissement met en oeuvre avec les résidents.

Lorsque nous vous croisions parfois certains soirs, nous étions rassurés, en confiance et compris dans notre lent et long parcours d’acceptation de la fin prévisible, sans qu’il soit besoin de parler trop ni de expliquer inutilement.

Merci à vous aussi Monsieur et à l’infirmière dont nous ne connaissons pas le nom et qui tous les dimanches ou presque était là et nous souriait, lui souriait.
Tout était plus facile avec tant de paix et d’affection. Et au Docteur qui lors des derniers jours a su parler peu mais pour dire l’essentiel et maintenir ainsi la possibilité de dormir avec notre père pour l’accompagner jour et nuit à sa fin que je crois douce et attendue. Grâce à lui, ma sœur et moi nous penchant sur notre père, nous avons recueilli son dernier souffle alors que ses yeux encore doux et vifs nous fixaient à jamais.

Ce moment pour douloureux qu’il fut n’aura en notre souvenir que l’image de la chance de l’avoir vu partir… C’est non pas une consolation, mais au contraire un don, une chance infinie.

Merci à toutes et tous.